Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 15:41

Après la réunion de la Provence à la France en 1481, Aix ne fut plus comme au Moyen Age la capitale d’un royaume autonome dont les princes de la maison de Barcelone puis d’Anjou avaient fait leur résidence. La ville devint la chef lieu d’une province éloignée du roi de France et simplement rattachée à son domaine.

Elle perdit définitivement sa cour brillante et raffinée, ses grands officiers de la couronne, sa haute noblesse d’épée et de robe sans lesquels ne pouvaient alors naître et perdurer les centres de création artistique. Le mécénat des aristocrates proches du pouvoir ne put plus s’exercer dans cette région où la noblesse locale frondeuse, boudait la Cour et avait du mal à admettre la suprématie parisienne.

Les représentants du pouvoir royal, gouverneurs et intendants de Provence, ne se distinguèrent pas dans le domaine du mécénat, car ils furent très occupés, surtout dans la 2° partie du XVI° siècle et pendant la Fronde à tenter d’assoir l’autorité royale toujours contestée.

Ce ne fut qu’ensuite qu’un Vendôme et un Villars purent faire œuvre de mécènes en faisant établir l’un une folie dans les faubourgs, et l’autre un hôtel particulier au bas du nouveau cours à carrosses devenu plus tard cours Mirabeau. A leur actif aussi l’octroi de brevets de peintres et de sculpteurs, la création d’une école de dessin.

Mais le comte de Grignan, gendre de madame de Sévigné, se contentera, comme beaucoup de gouverneurs précédents, d’occuper bourgeoisement ses appartements de fonction dans l’ancien Palais Comtal. La clientèle des artistes d’Aix se recruta alors dans les rangs de la noblesse parlementaire qui plaçait là et sans excès, le revenu de ses charges et de ses biens fonciers.

Cette classe sociale comportait peu de grosses fortunes et son train de vie ne se comparait pas avec celui des nobles gravitant à la Cour du roi de France. Cependant, la plupart des magistrats au Parlement, ou à la cour des Comptes ou au bureau des Finances, se révélèrent être des gens cultives, amateurs d’art et collectionneurs.

On peut citer des personnalités de premier plan comme Peiresc, qui était en relation avec Rubens et Van Dyck et attira à Aix bien des artistes de passage, Jean de la Cépède et François Dupérier, amis de Malherbe et le célèbre Guillaume du Vair.

D’autres comme Boyer d’Eguilles, Boyer de Fonscolombe, Gaillard de Longjumeau, Bruny de la Tour d’Aygues, protégèrent les artistes et pratiquèrent eux-mêmes la peinture et la sculpture en amateurs éclairés. Tous firent construire ou moderniser leurs hôtels particuliers pour loger leurs collections d’œuvres d’art et la décoration de leurs appartements.

Ils commandèrent aux peintres locaux des tableaux pour orner leurs autels privatifs dans les chapelles de la ville ou dans les églises de leurs fiefs, des décors de plafonds, des alcôves, des cabinets, des portraits, des paysages et natures mortes, des cènes de genre, des allégories pour les bastides et châteaux du terroir ou de l’arrière pays d’Aix.

 L’activité professionnelle de ces mécènes s’exerçait aussi dans un décor somptueux fait de vastes plafonds peints et de lambris dorés pour frapper l’imagination des foules et donner une image flatteuse des fonctions qu’ils exerçaient.

L’intérieur de l’ancien Palais Comtal, siège depuis le Moyen Age de la haute administration de la province fit l’objet aux XVII° et XVIII° siècles, de campagnes de décoration. En 1607, Peiresc commanda au normand Jean de Cayer, ami de Malherbe, une série de portraits des rois de France pour la Grand Chambre de réunion.

Vers 1612, le flamand Finsonius, exécuta pour la chambre dorée dite de la Tournelle, les portraits de 5 magistrats et 40 conseillers du Parlement, entourant le premier Président Guillaume du Vair. En 1613, la chapelle fut dotée d’une Crucifixion et d’une Annonciation.

En 1616, l’avignonnais Guillaume Grève décora la salle des Chameaux  avec l’aide de François Valisset. Grève revint 3 ans plus tard travailler au décor de la chambre de la Tournelle. En 1666, Jean Daret fut pressenti pour une grande composition allégorique sur la Justice pour le plafond de la Grand Chambre.

Il mourut avant de l’entreprendre et on fit appel à Nicolas Pinson qui exécuta aussi une série de tableaux pour la chapelle de 1671 à 1673. Simultanément, Laurent Fauchier s’attaqua au portrait collectif de 66 membres du Parlement, assis et vêtus de leurs robes rouges, avec une perspective au dessus d’eux.

En 1681, Jean Baptiste Daret peignit le plafond de la Chambre des Enquêtes, et avec son frère Michel, celui de la salle des Pas Perdus d’une allégorie de la Justice. L’année d’après, les frères Daniel et Pierre Banville se chargeaient de la petite Chambre de la Tournelle. Enfin au milieu du XVIII° siècle, Dandré Bardon peignit une série d’allégories pour les salles d’audience de la cour des Comptes.

Cet important ensemble de décors fut presque complètement perdu à la démolition du Palais Comtal en 1776. Ce qu’il en reste figure réparti dans les édifices religieux en ville. Heureusement les descriptions de ces œuvres  faites par PJ de Haitze, le président de Brosses et Fauris de Saint Vincent permettent de mesurer l’ampleur de ces destructions pour l’histoire artistique locale.


Nicholas Claude Fabri de PeirescJBapt Boyer d'EguillesGuillaume du Vair

Nicolas Claude Fabri de Peiresc / Jean Baptise Boyer d'Eguilles / Guillaume du Vair

Le clergé comme les gens de robe joua un rôle important dans l’animation de la vie artistique aixoise. Mais à la différence des autres régions de France, les archevêques de Provence siégeant à Aix pendant les 3 derniers siècles de l’Ancien Régime ne favorisèrent que peu les artistes.

Certains prélats d’origine italienne attirèrent quelques peintres compatriotes sans commandes plus importantes que le décor d’une salle ou galerie de leur palais. Entre 1550 et 1789, aucun des archevêques ne fit ouvrir de grand chantier à l’exception de Mgr de Grimaldi, qui se lança dans l’aventure ruineuse d’édification d’un château à Puyricard, bien vite démoli par ses successeurs incapables de subvenir à son entretien.

Le train de vies de ces princes de l’Eglise fut d’ailleurs modeste et loin du faste. Leurs inventaires après décès ne brillèrent pas par l’abondance de mobilier et d’œuvres d’art. Ce ne fut qu’à la fin du règne de Louis XVI, que Mgr de Boisgelin, dépensa 60000 livres à remettre en état le palais négligé par ses prédécesseurs.

Des chanoines comme le prévôt Figuières, le cabiscol Laugier, les frères de Bonfils possédèrent des collections d’œuvres d’art mais ils ne furent que très peu dans ce cas. Le rôle essentiel de mécène fut joué en fait par le clergé régulier et les confréries.

Les ordres religieux, presque tous issus de la Contre Réforme, s’établirent à Aix dès la fin du XVI° siècle. Ils y firent bâtir de nombreux couvents et églises décorés dans le goût de cette époque, avec des aides financières provenant de familles nobles et de bourgeois qui s’étaient vus concéder des chapelles.

Parmi ces ordres on peut citer les Minimes, les Trinitaires, les Récollets, les Jésuites, les Oratoriens, les Augustins réformés, les Visitandines, les Ursulines, les Carmélites. Ils rivalisèrent pour décorer leurs lieux de vie et de prière de retables, plafonds peints, fresques en trompe l’œil.

Les ordres précédemment installés comme les Carmes, les Augustins, les Cordeliers, les Prêcheurs se modernisèrent à leur tour et remplacèrent le mobilier du Moyen Age par des productions contemporaines. Le prieur de l’Ordre de Malte, Jean Claude Viany, y consacra sa vie et fit appel aux peintres locaux comme Gilles Garcin, Jean Antoine Armellin, Rodolphe Ziegler et au napolitain Mathias Preti.

Les nombreuses confréries actives dès la fin du XVI° siècle, constituèrent aussi une clientèle importante pour les peintres qui exécutèrent pour elles des tableaux, fresques et plafonds peints. Les Pénitents Blancs, Bleus, Gris et Noirs édifièrent des chapelles décorées et pourvues d’un abondant mobilier, qui furent souvent détruites à la Révolution.

Parmi elles, la chapelle de l’Association dans l’église de l’Oratoire décorée par Jean Daret, celle de la Congrégation des Messieurs et celle des Dames chez les Jésuites décorées par Puget, Pinson et des italiens baroques, celle de Notre Dame du Mont Carmel chez les Grands Carmes au plafond peint par les frères Daniel de Marseille.

Et aussi les églises des Pénitents Blancs des Carmes et de l’Observance pleines de retables et de plafonds en trompe l’œil exécutés par des maîtres locaux, la chapelle des pénitents Noirs contenant des toiles d’Amédée Van Loo.

Les magistrats locaux et assemblées élues contribuèrent aussi au soutien artistique. Les consuls d’Aix firent souvent appel aux peintres et graveurs pour des œuvres à la détrempe, des entrées allégoriques et des arcs de triomphe à l’occasion de visites de grands personnages, des feux de joie, guindons, panonceaux, armoiries commémorant les naissances princières et les funérailles ou la victoire des armées du Roi.

Dans la plupart des cas, les artistes s’associèrent pour le travail de ces œuvres importants malheureusement faites de matériaux périssables comme la toile et le bois. Les Jeux de la Fête Dieu fournirent l’occasion annuelle depuis l’époque de René d’Anjou, de dérouler ces réalisations dans les rues de la cité en rafraichissant ou en refaisant à neuf les armoiries, accessoires et décors de la cérémonie.

S’agissant de la gravure, les consuls firent éditer en 1666, l’Histoire de la Ville d’Aix de Pitton, ouvrage rempli de nombreuses illustrations. En 1623 et 1701, ils commémorent aussi le souvenir des entrées élevées en ville pour l’arrivée de Louis XIII et des princes de Bourgogne et Berry.

La construction d’édifices publics fournit aux peintres l’occasion d’exercer leur art. La décoration intérieure de l’Hôtel de Ville construit de 1655 à 1671 fut l’objet d’une transformation complète entre 1716 et 1734. On installa dans la salle du Conseil, un ensemble de boiseries sculptées et dorées contenant des peintures de scènes de l’histoire de Provence et des portraits des comtes et rois de France.

Les 3 meilleurs portraitistes aixois de l’époque, Arnulphy, Cellony et Vialy exécutèrent en 1726 et 1727, 43 tableaux des anciens souverains. Le jeune Dandré Bardon, revenu depuis peu de Rome peignit 9 représentations historiques jusqu’en 1734, et le toulonnais Capenel se chargea de 5 médaillons allégoriques au dessus des fenêtres.

En 1740, Dandré Bardon revenu de Paris produisit le plafond peint de l’ancien logement du premier Consul devenu salle de concert représentant des galeries de spectateurs et un orchestre simulé donnant l’illusion de la présence de nombreux musiciens.

La bourgeoisie d’Aix essaya dans la mesure de ses moyens, de calquer son goût sur celui de la noblesse de robe. On collectionna les curiosités et les œuvres d’art, on fit décorer ses intérieurs et exécuter des portraits. Ce fut le cas du notaire Borrily, de l’apothicaire Toussaint Lauthier, du Trésorier Général Sibon.

Les classes ouvrières participèrent au mouvement par l’intermédiaire de leurs confréries et corporations qui commandèrent aux peintres locaux des bannières, des tableaux votifs, des armoiries et des miniatures pour orner leurs registres de délibération ou de comptabilité comme la confrérie des Arquebusiers qui demanda à Sébastien Bos une figure de Sainte Barbe au cours de l’année 1611.

L’art populaire se traduisait aussi par des ex-voto déposés près des statues vénérées de Notre Dame d’Espérance, Notre Dame de Grâce et Notre Dame de la Seds. Les tableaux votifs étaient l’œuvre de spécialistes considérés comme les naïfs de l’époque. Ils ornaient la chapelle de Notre Dame de Grâce à la Madeleine et à la Seds, et leur disparition fut une perte sensible pour la peinture aixoise.

Sources :

La peinture et la gravure à Aix du XVI° au XVIII° siècles par Jean Boyer       

Par le parisaquasistain - Publié dans : Artistes et oeuvres principales
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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 17:27

1 La préparation des Etats Généraux

En janvier 1789, les Etats de Provence se réunirent à Aix dans le cadre de la convocation nationale prochaine des Etats Généraux. En septembre 1790, après les fêtes de la Fédération, le Parlement d’Aix tint sa dernière séance. L’avocat Jean Joseph Pierre Pascalis, ancien assesseur et procureur de Provence y prononça dans cette assemblée, le dernier discours resté célèbre.

Entre les 20 mois qui séparent ces 2 dates, la Révolution provençale franchit les dernières étapes de l’Ancien Régime. En réponse à la convocation des Etats de Provence pour le 25 janvier 1789, dans sa forme traditionnelle assurant la prédominance des nobles fieffés, les élites libérales conduites par d’André, tentèrent de riposter. Elles créèrent un mouvement vers une réunion des 3 ordres de la ville d’Aix.

Cette assemblée nombreuse associait des marchands, des hommes de robe, des consuls et même 6 nobles et 3 ecclésiastiques. Pascalis et d’André y faisaient acclamer des mots d’ordre provincialistes et d’un libéralisme prudent, avant de les soumettre au Roi.

La réunion officielle des Etats comprenant 206 députés dont 56 du Tiers, vit éclater le conflit entre les nobles fieffés réactionnaires et le Tiers soutenu par Mirabeau qui contestait la légitimité de l’assemblée pour nommer les représentants aux Etats Généraux.

On ne s’accorda pas sur l’essentiel. Les élections des représentants se firent comme partout en France, par une consultation séparée de chacun des 3 ordres. Le rêve de représentation d’une province unifiée se dissipa ainsi.

Dans ce contexte d’affrontement éclata l’émeute urbaine du 25 mars. Elle s’inscrivait dans l’ensemble des soulèvements populaires qui troublèrent la Provence occidentale dans les villes d’Arles, Marseille, Toulon, Manosque et Aix, et qui dirigées contre leurs édiles et la fiscalité municipale, n’en eurent pas moins une coloration antinobiliaire.

La crise agricole de l’hiver1789, rude et caractérisé par la mort des oliviers du terroir, mobilisa les paysans qui se joignirent à la foule urbaine comprenant nombre de femmes et de journaliers. On demandait une diminution du prix du pain et de l’impôt du piquet sur la farine, lequel frappait les denrées de première nécessité.

A Aix, les manifestants se heurtèrent au consul de la Fare, maladroit et provocateur. Un assaut de l’Hôtel de Ville le contraignit à accepter les revendications sur le prix du pain et de la viande, puis à consentir à la ruée populaire vers la Halle aux Grains, où en moins de 3 heures toutes les céréales furent enlevées par la foule.

Dès le lendemain, les autorités se ressaisirent et Mirabeau intervint pour calmer les manifestants. On forma une milice bourgeoise et on pendit un émeutier, malgré l’intervention de Mgr de Boisgelin qui tenta d’arbitrer le débat et célébra le 29 mars, une messe de pacification et de réunion éphémère des 3 ordres.


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Caricature des 3 ordres / Assemblée de la Noblesse à Aix dans l'Eglise Saint Louis
 
2 Les premiers pas vers la Révolution

Puis la province n’eut plus d’yeux que pour les évènements de Paris et de Versailles où plusieurs députés aixois se mirent en valeur dont évidemment et surtout Mirabeau. A la fin de l’année, des décisions d’importance furent prises par la Constituante concernant l’avenir d’Aix.

Le Comité de Division travaillait à la formation de nouveaux départements et à leurs subdivisions, les districts. Une âpre rivalité opposait Marseille et Aix pour le rôle de capitale du futur département des Bouches du Rhône. Aix profita de plusieurs éléments dont la mauvaise réputation de Marseille, ville indocile dont le député Bouche s’ingéniait à trouver des appuis à Paris.

Malgré son manque de ressources comparativement à sa voisine, Aix triompha provisoirement en devenant chef lieu d’un vaste district et en abritant les administrations du département. La ville fut découpée en 6 circonscriptions électorales appelées sections qui comptaient 3962 « citoyens actifs ». Moins du ¼ se dérangea en février 1790 pour élire le nouveau maire, Espariat.

Celui-ci, homme d’ordre, représentant des élites bourgeoises de la cité, était partisan de la liberté des grains dans la légalité Il arriva à contenir au printemps de 1790, des troubles causés par la faim, identiques à ceux de 1789, lorsque les femmes des Milles se soulevèrent contre les agents du fisc chargés de la collecte du piquet, au cri de « mange pauvres ».

Il dut aussi intervenir personnellement peu après lors des mouvements suscités par la présence de troupes dont les officiers étaient ouvertement contre révolutionnaires et entrèrent en conflit avec les patriotes locaux et même leurs propres soldats.

L’affaire tourna mal en mai quand des bruits coururent au sujet de mauvais traitements que les officiers du Royal Véxin faisaient subir à leurs hommes. Les aixois s’indignèrent et les marseillais mobilisèrent les soldats patriotes du régiment du  Royal Marine qu’ils entrainèrent dans une mesure de représailles sur Aix. Espariat s’interposa entre les 2 troupes et parvint à calmer les protagonistes.

Cette illusion d’une réconciliation possible entre factions rivales se retrouva dans les fêtes de la Fédération célébrées le 9 août 1790 sur le cours Mirabeau. A Gémenos, le marquis d’Albertas, président à la cour des Comptes fut tué le 14 juillet dans le parc de son château de Gémenos par Anicet Martel, fils d’un métayer qu’il avait autrefois chassé de ses terres.

Le Parlement condamna le coupable à être roué vif. Mais la foule gronda au pied de l’échafaud et le bourreau effrayé s’enfuit avant d’être rattrapé. Martel fut néanmoins exécuté et figura donc comme le dernier provençal à subir ce supplice atroce. Son squelette desséché devait servir ensuite et pendant 50 ans aux cérémonies initiatiques d’une loge maçonnique locale.

Le 27 septembre 1790, le Parlement de Provence crée en 1501, se réunit pour la dernière fois pour entériner la disparition des cours souveraines. Pascalis prononça à cette occasion un violent réquisitoire contre les œuvres de la Révolution, en forme de défense des franchises provinciales. Ainsi se clôtura la fin de la première période révolutionnaire à Aix qui vit une partie des roturiers gens de robe choisir le camp de la réaction.

3 Entre Révolution et Contre révolution (1790-1792)

Il n’y eut pas de pause dans le mouvement patriote dans les villes du Midi, car elles furent très vite politisées par les tenants de la Révolution, tandis que se mettaient simultanément en place des réseaux contre révolutionnaires. A Aix, un 3° groupe se forma avec en position d’arbitre, les pouvoirs publics représentés par la municipalité et par le district.

Les patriotes se regroupèrent dans des clubs. Le 9 mai 1790, le Club des Amis de la Constitution rassembla des hommes de loi, des marchands, des professions libérales et des personnages municipaux. Le 10 novembre 1790, un second club, celui des Antipolitiques, « frères vrais, justes et utiles à la patrie », s’installa aux Bernardines.

Son recrutement fit à la fois plus fourni et plus populaire. Sin inspirateur et guide était l’abbé Rive, un sombre bibliothécaire à la Méjanes, qui s’était illustré depuis 1789 par la publication de virulents pamphlets contre l’archevêque, les chanoines et les aristocrates.

Il fut jusqu’à sa mort en 1791, une sorte de Marat aixois, rappelant son illustre modèle par beaucoup de traits de caractère. Il s’attira ainsi de solides haines. Son club eut des appuis dans la Garde Nationale où les compagnies de canonniers recrutées chez les artisans, étaient particulièrement virulentes.

Il eut aussi des partisans à Marseille dont les patriotes suivaient avec attention ce qui se passait dans l’aristocratique cité rivale de la leur. Ils n’hésitèrent pas d’ailleurs à intervenir à Aix à intervalles réguliers. Ce fut à Marseille que l’abbé Rive chercha à se réfugier plus tard, lorsqu’il fut poursuivi.

Le camp réactionnaire disposait aussi de bases solides, dans une ville d’aristocrates et de prêtres où l’immigration ne se fera massive qu’entre hiver et printemps 1791. Il eut aussi de solides appuis populaires lorsque sa propagande utilisa la misère et le chômage post révolutionnaire comme arguments pour un retour à l’Ancien Régime.

Ce courant manqua de structures comparables aux clubs patriotiques. Mais il eut des soutiens par des cercles regroupant dans des cafés les aristocrates et officier du cercle Guion, et le menu fretin du cercle Casati. Il tenta de fédérer ses partisans dans une Société des Amis de la Religion, de la Paix et du Roi.

Mais derrière ce paravent se cachait une structure clandestine d’actions contre révolutionnaires. Nice n’était pas loin comme Turin où les gens du comte d’Artois échafaudaient les plans d’une conspiration couvrant le Languedoc, le Dauphiné et la Provence. Aix était dans ce système un relais de choix par tous les réactionnaires de la place.

L’avocat Pascalis fut contacté par eux et se déclara prêt à soutenir tout projet de contre révolution. Des contacts avec l’étranger proche furent ménagés, ainsi que des correspondances d’une ville à l’autre, des relais d’opinion dans les arrières pays des gros bourgs.

Ce courant d’opposition eut aussi sa force de frappe. Contre la patriote Garde Nationale, on disposait des troupes de garnison comme les régiments du Lyonnais, de Lamarck, d’Ernest Suisse où pratiquement tous les officiers sont des réactionnaires engagés.

Entre ces 2 factions extrêmes, la municipalité d’Aix et les autorités du district et du département y siégeant se révélaient modérées et conservatrices, et donc en proie au malaise et à l’inconfort de leur position. Le nouveau maire depuis février 1791, Emeric David, était plein d’amertume, occupé à renvoyer dos à dos les complots des contre révolutionnaires et les incessantes interventions du club des Antipolitiques avec lequel il entra en conflit ouvert en contraignant l’abbé Rive à la fuite.

Perrin qui lui succéda en novembre 1791, se flatta de mettre fin à la Révolution, plein d’un humour involontaire lorsque l’on connait les affrontements qui eurent lieu par la suite. Avant même la fin de 1790, la propagande orale intense des réactionnaires persuada les patriotes de l’imminence d’un coup de force.

Cela amena les 2 clubs rivaux des Amis de la Constitution et des Antipolitiques à resserrer leurs liens. Les cérémonies de fraternisation du 12 décembre 1790, furent troublées par les aristocrates et les officiers du régiment du Lyonnais. La situation dégénéra rapidement en conflit ouvert.

Comme les soldats du régiment ne mirent aucun empressement à marcher sur la canaille, les édiles se décidèrent à faire partir cet encombrant bataillon. Privés de ce soutien armé, les aristocrates subirent la colère populaire. Pascalis, réfugié à la campagne, et le noble Maurelet de la Roquette furent jetés en prison par la foule.

Le 14 décembre, on les extirpa de leur geôle pour les pendre, accompagné du vieux marquis de Guiramand, aux réverbères du cours Mirabeau. Le sang coula donc pour la 1° fois à Aix et initia une vague d’émigration des aristocrates. Les personnages représentatifs de l’ancien équilibre aixois payèrent ainsi un tribut à la Révolution.

L’agitation ne se calma pas avec la question de la constitution civile du Clergé. Aix n’eut pas à se plaindre du nouveau découpage puisqu’elle devint chef lieu du diocèse. Mais Mgr de Boisgelin refusa le serment et émigra. Le 17 avril 1791, le curé d’Eyrargues, Charles Benoît Roux, fut élu évêque constitutionnel.

Dans le clergé local, la moitié des curés et vicaires en place refusa aussi le serment et fut remplacé par la promotion de nombreux autres ecclésiastiques. On eut donc en 2 groupes à peu près égaux, des prêtres réfractaires et constitutionnels.

Les réfractaires avaient l’appui de l’opinion. Dans la période de tolérance des 2 cultes, Aix devint le refuge de ces religieux alors que les prêtres constitutionnels étaient conspués. Avec ce problème s’acheva la rupture entre l’abbé Rive et les tenants des Antipolitiques d’une part, et la municipalité et les administrations d’autre part.

Des incidents eurent lieu qui firent rebondir le conflit. Le régiment de Lamarck se montra favorable aux réfractaires et se plaça en opposant de la Garde Nationale. Les édiles durent se résoudre avec mauvaise grâce et en juin seulement à faire quitter la ville au régiment. Les patriotes dénoncèrent la conduite des élus jugée « aristocratique ».

On commença à percevoir l’hostilité croissante entre municipalité et montée du mouvement populaire. A la mort de l’abbé Rive, fin 1791, les Jacobins marseillais prirent de plus en plus la tutelle de leurs frères aixois. Ils s’inquiétèrent de l’accueil fait à Aix au régiment suisse d’Ernest, qu’ils venaient de chasser de Marseille pour manque de civisme.

Le 26 février 1792, une nouvelle expédition des Marseillais fut menée sur Aix, à la fois dirigée contre le régiment des Suisses et contre les autorités départementales qui l’accueillirent. De nouveau, on se trouva au bord de l’affrontement armé.

L’intervention des édiles et du commandant Puget Barbentane, « militaire patriote », permit d’éviter le pire. Les Suisses quittèrent sans armes leurs casernes et la ville. Les administrateurs du département payèrent plus tard leur conduite dans cette affaire.      

4 Le paroxysme de la Révolution (1792-1793) et la première Terreur

Au printemps de 1792, on connut une des périodes les plus chaudes de la Révolution à Aix. La conjoncture nationale jouait à plein et la part d’initiative de la vile se réduisait au symbolique. Le 22 août, on apprit la chute de la royauté et un dernier raid des Marseillais investit l’Hôtel de Ville d’Aix.

Les vandales lacérèrent et brulèrent les portraits des comtes de Provence et des rois de France de la salle de réunion des Etats. Les émeutiers retournèrent à Marseille avec les administrateurs du département et les greffiers et présidents du Tribunal Criminel. La ville d’Aix fut « entièrement dépouillée ». Marseille assura alors pour quelque temps le leadership de la Révolution locale.

Sur place s’opérait le mouvement la démocratisation des instances patriotiques. Les citoyens passifs envahirent les assemblées de sections urbaines qui se transformèrent en éléments essentiels de la vie politique. L’initiative du club devint première. La municipalité fut dépassée et abdiqua. Elle ouvrit ses séances aux commissaires des sections et clubs patriotiques pour se décharger d’une part de ses responsabilités.

On ferma les couvents, on leva un bataillon, on désarma des suspects, on détruisit les symboles et emblèmes de l’Ancien Régime. Comme partout en France, on sentit au cours de l’hiver et du printemps 1793, la disette, la raréfaction des denrées, la flambée des prix qui conduisirent aux mesures extrêmes de mai : emprunt forcé pour les riches, distribution de bons de survivance aux pauvres, maintien des prix et accord de subventions. Tout fut mis en œuvre pour contenir la colère populaire.

La Terreur devint spontanément présente. On féta solennellement la décapitation de Louis Capet, le 27 janvier dans une ville terrorisée. En effet, de janvier à février 1793, les pendaisons se succédèrent à Aix comme celles de juin 1792 à Toulon et Marseille et comme les massacres de septembre à Paris.

A 4 reprises, les meneurs forcèrent les portes des prisons et la foule masquée et armée se fit livrer les prisonniers que l’on retrouva pendus le lendemain. Les victimes furent des contre révolutionnaires comme Verdet, ancien président du département, et d’autres des anonymes ou des petits délinquants de droit commun.

Cette réaction punitive était liée à la hantise du complot et organisée avec détail et sang froid. Les responsables des pendaisons couverts par une conspiration du silence, furent ensuite poursuivis. Il s’agissait de Mouret, un imprimeur, de Brun, un apothicaire, de Ayme, un tonnelier et d’une majorité d’artisans et de boutiquiers, tous adultes et pères de famille.

Ils étaient membres des Antipolitiques, sans pour cela que la responsabilité de leur club soit engagée dans ces massacres. Ils souhaitèrent à leur façon, mettre la Terreur à l’ordre du jour en faisant montre d’une justice expéditive.    

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Espariat séparant les 2 régiments du Royal Marine et du Royal Vexin / Fréron

Mgr de Boisgelinpascalis

Monseigneur de Boisgelin, archevêque d'Aix / Pendaison de Pascalis, la Roquette et Guiramand

5 L’épisode fédéraliste

La municipalité obtint pour le maintien de l’ordre que le régiment de l’Aveyron soit envoyé à Aix. Elle résista à la pression des Antipolitiques qui réclamaient sa démission pour excès de modération. Elle reçut l’appui des assemblées des sections lassées des exigences du club contre les municipaux modérés.

Une offensive contre les Antipolitiques partit des sections comme un écho du désaveu populaire à l’activisme brouillon des « pendeurs ». On assista à un retour en force des anciens suspects dans les assemblées des sections de quartiers aisés.

On lança des mandats d’arrêt contre les responsables des pendaisons. On commença à emprisonner des patriotes. Les représentants du peuple, Bayle et Boisset, tentèrent de reprendre en main les choses et invitèrent les sections à se purger des aristocrates qui « les souillaient et les égaraient ».

A Marseille, la même tendance fut perceptible et le mouvement suivit son cours dés la fin d’avril comme à Aix. Les Antipolitiques furent vite débordés. Ce club participa encore à la fête civique de la Réunion des Citoyens du 6 mai 1793, dans la concorde retrouvée.

Mais il fut dénoncé à son tour, la municipalité épurée et le club fermé début juin. L’épisode fédéraliste qu’Aix vécut de juin au 21 août 1793 accentua sa dépendance vis-à-vis de Marseille qui mena les initiatives et lança les directives. Les sections d’Aix adhérèrent le 19 juin au manifeste des marseillais.

La ville fut contrôlée par un comité de Sureté Générale des Sections de 24 membres. Les édiles tenus sous tutelle maitrisèrent difficilement le jacobinisme forcené des canonniers de la Garde Nationale lors de manifestations de femmes protestant contre le prix des denrées de base.

A la fin de juillet, la municipalité fut remplacée par un comité des 36 commissaires des sections dont la nomination ne passionna pas les foules patriotiques. L’activité des sections se réduisit à un règlement de comptes. Pour poursuivre les « pendeurs » de l’hiver précédent, les fédéralistes souhaitaient abattre les Antipolitiques dont une centaine fut poursuivie et une dizaine exécutés début juillet.

Aix était devenue aussi le quartier général de l’armée départementale opposée aux troupes de la Convention, placées sous les ordres de Villeneuve Tourettes, jusqu’à l’arrivée dans la ville, le 21 août, des soldats de l’armée conventionnelle. Le lendemain arrivèrent les représentants de la Convention en mission de rétablissement de la municipalité légale qui désarmèrent  la population.

6 De Vendémiaire à Thermidor, les Jacobins

De fin août 1793 à Fructidor an II (août 1794)  c'est-à-dire au départ du représentant exécutif Maignet, la Terreur sévit à Aix. Ce dernier fut le seul conventionnel à avoir séjourné véritablement sur place, les autres ne faisant que passer par cette ville étape sur la route de Marseille ou vers l’armée d’Italie.

L’agent jacobin local fut l’avocat Roux Martin de Frimaire an II (novembre 1793) à Vendémiaire an IV (septembre 1795). Il put s’appuyer sur un réseau administratif épuré : municipalité dirigée par l’Antipolitique Emeric et ses amis, comité de surveillance fondé en mars pour surveiller les suspects et constitué de clubistes très surs. Il anima la Révolution urbaine malgré des effectifs déclinant au fil du temps.

Ses axes de travail furent la répression, la déchristianisation, l’obtention de fonds pour l’effort de guerre, les soutiens économiques et sociaux aux aixois. La Terreur pesa moins à Aix qu’à Marseille et Toulon. On y compta l’émission de plus de 500 mandats d’arrêt, l’emprisonnement de 300 à 400 détenus en l’an II, et l’exécution par la guillotine de 59 aixois dont 14 aristocrates nobles, 7 prêtres et 6 négociants, 21 bourgeois et gens de robe et 9 artisans et paysans.

La déchristianisation fut associée à la répression terroriste. Le clergé constitutionnel compromis par son élan fédéraliste paya son imprudence. L’évêque constitutionnel Roux et ses vicaires furent décapités. Aix était déserté par une émigration massive. Plus de 1700 prêtres choisirent d’abdiquer leur état par commodité personnelle  ou par contrainte.

Les églises furent fermées sauf la cathédrale Saint Sauveur qui devint Temple de la Raison en 1793. On introduisit le calendrier révolutionnaire, la modification du nom des rues, les fêtes civiques et décadaires. Ces innovations ne furent pas systématiquement boudées par le peuple.

La célébration des Martyrs de la Liberté du 20 Messidor an II (8 juillet 1794) commémorant le souvenir des victimes du fédéralisme par un défilé de 36 jeunes aixoises en blanc eut bien du succès.

Quant à l’effort de guerre, les Antipolitiques envoyèrent des équipements et des soutiens aux familles de volontaires. La fixation d’un prix maximum des denrées fut bien accueillie des urbains, mais provoqua un mécontentement et un refus collectif des paysans qui développèrent un marché parallèle.

La dictature jacobine ne provoqua pas de véritable rupture du rythme de vie des aixois. Le 9 Thermidor (27 juillet 1794) ne bouleversa pas son cours jusqu’au départ de son représentant, Maignet. Chez les Antipolitiques, les jacobins et les modérés s’affrontèrent.

Les jacobins gardèrent le leadership jusqu’à la fin de Vendémiaire, en campant sur la ligne dure du parti. Puis la société fut épurée en même temps que la municipalité proche de Robespierre et la Réaction commença qui fut très vite sanglante.

7 Réaction et Contre révolution (Vendémiaire an II – Brumaire an VIII) (septembre 1793-octobre 1799)

Après Thermidor un apparent retour à la normale s’opéra. Au mois de Pluviose an V Aix redevint chef lieu du département et le mouvement révolutionnaire cessa totalement. La normalisation se déroula dans la violence et la ville fut touchée par la vague des massacres contre révolutionnaires de l’an III (1795)

Sous les directives des représentants en mission Espert et Cadroy puis Chambon, les jacobins furent chassés des postes de responsabilité, et remplacés par des modérés royalistes. La première Terreur Blanche culmina le 7  Floréal (avril 1795) par le massacre des Frégier père et fils, jacobins ardents, clubistes et membres du comité de surveillance.  

Le 22, ce fut le tour de 29 jacobins aixois et marseillais incarcérés aux prisons d’Aix, et parmi eux les 2 héroïnes des fêtes de la Raison à Marseille, la Cavale et la Fassy, nourrissant au sein son enfant. Les responsables étaient les « sabreurs et égorgeurs » que l’on appela dès lors la Compagnie du Soleil, et souvent des jeunes gens entre 25 et 30 ans.

On y trouvait des manœuvres, des artisans et des boutiquiers sous la direction d’une dizaine de jeunes nobles parmi lesquels se signala Camille de Clapiers, descendant par adoption du marquis de Vauvenargues. Ils entretenaient des liens avec les réactionnaires au-delà des frontières, et ils réussirent à noyauter les autorités locales.

Pour en terminer avec les jacobins de Toulon, le responsable Chambon les constitua en compagnies de chasseurs avec les pleins pouvoirs. Ils enlevèrent ainsi 41 émigrés incarcérés à Aix. Ils avaient leur quartier général à l’hôtel du Poët, en haut du cours Mirabeau. Ils entrèrent ensuite en semi clandestinité.

Les émigrés commencèrent à rentrer en nombre grâce à des certificats de complaisance. Les prêtres réfractaires se remirent à officier dans les églises rachetées par des associations et des fidèles. On assista à un véritable réveil religieux. Les prêtres sous réserve de prêter un simple serment à la République purent reprendre leur sacerdoce. 

Cette normalisation s’accompagna des duretés de la crise économique et sociale de l’an III. Les mauvaises récoltes et la flambée des prix s’associèrent à la débâcle de l’assignat pour rendre la vie dure aux pauvres. Par ailleurs des aléas politiques compliquèrent la remise en ordre catholique et royaliste de la ville.

Le coup d’Etat du 13 Vendémiaire (4 octobre) renvoya en Provence, Fréron, jacobin puis thermidorien. Il préconisa le retour à la rigueur en faisant libérer les républicains et emprisonner les royalistes notoires. La nouvelle municipalité se mit en chasse des émigrés et des prêtres réfractaires dont les églises furent refermées pour laisser place aux assemblées populaires des fêtes décadaires.

Jusqu’à ce que Fréron, dénoncé au Cinq Cents par des députés parmi lesquels Isnard, soit rappelé à Paris en Germinal an IV. Ses amis administrateurs en place se trouvèrent en difficulté face à la répression anti Baboeuf, qui les réduisit à l’impuissance.

Le général Puget Barbentane, commandant la région militaire fut destitué pour fidélité jacobine et remplacé par le royaliste Willot. Espariat, maire en 1790, passa à la contre Révolution et fut promu commissaire auprès des Tribunaux civils et militaires. Il en profita pour protéger ses amis.

La Réaction se durcit sous le proconsul Willot et de nouveau une vague d’émigrés et de prêtres revint en force. Le Terreur blanche renaquit et 7 jacobins furent condamnés à mort. Aux élections de l’an V, Aix se dota de gestionnaires et de juges contre révolutionnaires patentés. Les commissaires de police étaient des chefs de bandes royalistes.

Le coup d’Etat de Fructidor an V arrêta ce virage à droite en cassant les élections et en réprimant les activités des royalistes. A Aix, ils pensaient avoir cause gagnée et le 25 Fructidor (11 septembre) fut mal accueilli. Les jeunes gens attaquèrent les jacobins et préparèrent une insurrection, mais les édiles hésitèrent à s’associer au mouvement.

Le 2 Vendémiaire an VI (23 septembre 1797), arriva de Trets, quartier général des émeutiers, une foule armée qui ne triompha en ville que fort peu de temps. Le général Sahuguet, nouveau commandant militaire de la région, mit en fuite ces bandes qui se répandirent en Haute Provence.  

Cela consacra la transformation du mouvement contre révolutionnaire en brigandage à couverture politique qui demeura populaire et dura jusqu’en l’an VIII (1800). En ville, les administrateurs républicains refirent surface en réactivant la répression contre les émigrés qui se joignirent aux bandes de jeunes refoulées à Manosque.

On surveilla de nouveau et de près les prêtres réfractaires, on remit à l’honneur les fêtes civiques dans toute la Provence. Emeric, jacobin de 1792, devint en l’an VI, président de la commission municipale. Ce mouvement de va et vient pro et anti républicain provoqua la formation de bandes de pillards et brigands, qui opéraient aux alentours d’Aix.

Dans les hameaux et les bastides l’insécurité était à son comble, certaines bandes poussant l’audace jusqu’à risquer une opération de commando à Aix pour annoncer le Réveil du Peuple. Face à ce manque de sécurité permanent, la partie jacobine de l’administration demanda au département de mettre la ville en état de siège.

C’est dans cet état d’esprit que le coup d’Etat du 18 Brumaire effectué par Bonaparte, fut accueilli avec soulagement. On réclamait au nouveau pouvoir l’affermissement de la République, la dispersion des troupes de brigands qui barraient les routes, ainsi que le bonheur, la paix et l’abondance pour tous les Français. Ce fut avec ce rêve naïf que les rescapés de la Révolution aixoise abordèrent les lendemains de Brumaire.

8 La transformation de la société urbaine aixoise

La Révolution a représenté dans l’histoire sociale des villes françaises, un tournant essentiel dans l’élaboration des nouvelles idées et mœurs qui vont dominer l’époque contemporaine. A Aix, la population qui était en 1789 d’environ 28000 habitants passa au niveau de 21000 en 1799. La ville perdit un quart de son effectif, lequel stagnait  depuis 1770.

2 éléments ont participé à cette situation qui sont d’abord la fuite forcée ou volontaire des émigrés qui amena des conséquences directes sur ceux qui restèrent sur place, et ensuite la perte du leadership provençal de la ville privée de ses institutions de justice, d’administration du clergé et de l’armée.

L’émigration fut très importante comme dans toutes les villes de Provence. L’important refus du serment des prêtres dans un clergé pléthorique, la concentration des familles nobles urbaines amenèrent d’amples vagues de départs en décembre 1790 pour les nobles après la pendaison de Pascalis, en 1791  à la prestation du serment  et à l’été 1792 lors de la flambée anticléricale pour les prêtres. 

L’épisode fédéraliste provoqua ensuite une autre vague plus modérée de départs de bourgeois urbains, du clergé constitutionnel et encore d’aristocrates. Au plus fort de l’exode de 2 à 3000 personnes furent concernées par ce mouvement, suivi ensuite d’un va et vient d’émigrés et de réfractaires qui se dispersèrent ou se terrèrent lorsque la Révolution prenait le dessus.   

Les réfractaires prirent le chemin de l’Italie par Nice dès 1791 puis en 1792. Ils furent accueillis à Rome, parfois fraichement, par les grands vicaires en exil qui s’occupaient de placer les arrivants dans les couvents du Pape. D’autres se cachaient dans le terroir aixois ou dans leurs familles en gardant l’anonymat.

Pour l’aristocratie, la participation à l’émigration servit plus tard de lettres de noblesse supplémentaires. Certains hôtels du cours Mirabeau se vidèrent de leurs occupants, et d’autres non. Une partie des nobles confiants et même patriotes resta sur place comme les Fauris Saint Vincent, les Gras, les Pazery, les Duranti la Calade, quitte à s’enfermer dans leurs caves comme les Lestang Parade.

Nice offrit aussi un exutoire commode et sur où l’on pouvait même conspirer. Les Beauvalle, Saint Julien, Espagner, Gautier, Meyronnet, Maurel, Coriolis, Fortis prirent cette destination. Mais à l’automne 1792, l’annexion à la France du comté de Nice provoqua une nouvelle diaspora de ces transfuges.

Le marquis de la Fare prit la route de l’Angleterre, certains servirent dans l’armée des princes comme d’Arbaud Jouques ou Villeneuve, les autres passèrent en Italie comme les Castellane et les Galiffet. Sous la Terreur on emprisonna beaucoup de ceux qui étaient restés à Aix, comme les Fauris Saint Vincent.

En l’an III, les jeunes aristocrates revinrent dont Clapiers Collonges qui dirigea les bandes des Compagnons du Soleil, ainsi que des Coriolis, Galiffet, Oraison, Pazery et Suffren. Ces jeunes gens prenaient le chemin de Haute Provence pour se mettre à l’abri en cas de coup dur.

Puis la clandestinité remplaça l’émigration et les nobles se terrèrent entre la fin août 1793 et l’an III, rejoignant ainsi les bourgeois compromis d’Aix comme Brémond à Bouc et Rambot à Gréoux. La Révolution prit ainsi un caractère de brassage des populations entre ville et campagne, entre basse et haute Provence.

9 La population transformée

Une comparaison entre la Capitation royale de 1695 et la contribution mobilière de 1795 permet de dégager les lignes de force des changements qui affectèrent la société aixoise en un siècle. Ce qui apparait d’abord et surtout, c’est la débâcle des services publics comme justice, clergé et armée ainsi que celles de la domesticité et de la population des rentiers aristocrates et roturiers.

Il ne restait en 1795 que 91 religieux au lieu de 828 un siècle plus tôt. On déclara ainsi 11 prêtres au lieu de 189 ! Des 810 chefs de famille en 1695 œuvrant  dans la grande ou petite robe, on passa à seulement 82 représentants en 1795. Dans l’art et la santé la tendance fut à la stabilité avec des percées dans l’enseignement et le personnel des postes. Il n’apparut pas de bureaucratie structurée pour remplacer les anciens offices.

C’est le caractère électif de ces fonctions administratives qui traduit cette régression des services publics. De même dans l’armée, Aix qui abritait près de 550 officiers et soldats, sans compter les chevaliers et l’Ordre de Malte,  n’abritait plus que 3 militaires parmi ses contribuables.  Là où l’on comptait plus de 2200 domestiques en 1695, il n’en resta que 800. Les porteurs de chaise, symboles de l’Ancien Régime passèrent de 329 à 42 ce qui traduisit sans confusion la fin d’une époque.

10 Les perdants et les gagnants

La bourgeoisie urbaine sut bien profiter de l’aubaine de la vente des Biens Nationaux de 1791 à l’Empire. Les très nombreux établissements religieux alimentèrent bien des ventes de première origine. Les émigrés nombreux et riches ne furent que partiellement affectés par la vente de leurs biens dits de seconde origine. Plus d’un retrouva ensuite sa fortune simplement ébréchée.

Dans le terroir d’Aix, 540 ventes de biens estimés près de 3 millions de livres en rapportèrent 7,3 ! Le tout comprenait 123 maisons dont 34 d’émigrés, 29 églises et couvents, 5 chapelles, 7 moulins à grains ou à huile, 6 aires à battre, 24 bastides ou domaines, plus de 300 pièces de terre, de vigne ou de prés.

Les acheteurs aixois furent au nombre de 362 sut toute cette période et réussirent à garder l’essentiel du patrimoine de la ville. Cependant quelques marseillais dont le riche négociant Hugues, arrivèrent à prendre le contrôle de plus de 10% de la valeur des biens.

On distingua 3 étapes dans ces mises en vente de biens. En 1791 et 1792, ce fut la propriété bâtie urbaine qui domina les adjudications avec des bastides et des moulins dans le terroir. Pendant l’an II, les ventes se déplacèrent de la ville vers la campagne avec des allotissements de domaines ruraux qui favorisèrent les petits acheteurs. A compter de l’an III, on liquida les églises et couvents invendus et des lots importants de terre. Ce fut une époque d’intense spéculation.

La première période fut dominée par une quarantaine d’acheteurs bourgeois roturiers et urbains qui accaparèrent ¾ des biens vendus. Les négociants aixois s’adjugèrent à eux seuls la moitié des lots. Ils se groupèrent pour acquérir les églises et couvents.

Quelques 6 marchands juifs, dont Crémieux, Bédarrides, Mossé et Carcassonne firent à cette occasion leur entrée dans la vie publique d’Aix en confirmation de leur engagement révolutionnaire. Ils s’associèrent entre eux mais aussi avec d’autres groupes comme les entrepreneurs, les industriels disposant de liquidités, les maçons et les architectes surtout qui réalisèrent ainsi de très bonnes affaires.

 Les gens de robe et les rentiers bourgeois furent aussi des partenaires moins importants. Très peu d’aristocrates privilégiés comme Fauris de Saint Vincent, participèrent à cette aventure. Les artisans, ouvriers et salariés ne représentèrent que le 1/3 des acheteurs pour 1/10 seulement de la valeur retirée des ventes.

La seconde période se déroula à partir de septembre 1793, en l’an II. La petite bourgeoisie urbaine et les paysans ménagers et jardiniers fournirent ¾ des acheteurs pour 70% de la valeur des biens vendus. Les négociants, gens de robe, bourgeois leur laissèrent la place libre. Des 120 acheteurs du début de la Révolution, seulement 11 opéraient encore en l’an II.

La troisième époque dès Vendémiaire an III et à partir surtout de l’an IV, les véritables riches revinrent aux opérations. Les propriétaires bourgeois, les gens de robe, les administrateurs et négociants et même des nobles accaparèrent 60% des ventes.

Certains aristocrates ne faisaient que faire racheter par un membre de la famille leur hôtel mis en vente sans généralement de concurrence. Les marchands avides des débuts révolutionnaires se retrouvèrent mais plus modestement. Des jacobins affairistes profitèrent des phases où ils eurent le pouvoir pour réaliser quelques affaires.

Au total, 120 personnes, des paysans, boutiquiers et artisans réussirent à mettre la main sur le ¼ des biens vendus. Les élites urbaines comme les bourgeois marchands ou rentiers réalisèrent chacune le même score. Dans cette lutte sociale âpre, la Révolution urbaine prit une dimension particulière. D’ailleurs les « sabreurs » royalistes ne s’y trompèrent pas lors des traques réactionnaires. Ils recherchèrent d’abord les acquéreurs des Biens Nationaux pour exercer leur répression sur eux.

11 La lutte pour le pouvoir municipal

Le pouvoir changea t il de mains lors de la Révolution à Aix ? Les oligarchies installées résistèrent elles efficacement à la subversion révolutionnaire ? Des éléments de réponse peuvent découler de l’étude des équipes successives au pouvoir à la municipalité.

L’Ancien Régime à Aix reposait sur une classe politique restreinte, structurée par des alliances et des rencontres. La prépondérance des nobles prenait appui sur la présence massive des gens de Loi, alors que bourgeois et rentiers n’occupaient que des strapontins politiques.

Au fil des jours, cette classe dominante s’effrita continument depuis 1790, à part lors de l’épisode fédéraliste qui fut lui-même suivi du retour de bâton de l’an II. Au final, en 1800 elle avait laissé sa place à un autre groupe qui simultanément au déclin nobiliaire, se structura en permanence.

Chez les édiles de l‘an IV, le groupe des propriétaires citoyens avait pris le relais des bourgeois de l’ancien régime et se tenait prêt à accueillir la noblesse de retour d’exil. Les fonctionnaires et agents du secteur public avaient pris le relais des gens de Loi de l’Ancien Régime, au côté des bourgeois, négociants et marchands talentueux.

Cette nouvelle classe politique s’entrouvrit ensuite, à des groupes populaires avec les paysans, totalement absents lors de l’Ancien Régime, et occupant alors une place modeste mais réelle. Mais cette percée rurale ne résista pas à 1792 lorsque le Fédéralisme puis la Terreur les rejetèrent aux marges de la société.

Les artisans, détaillants et cadres jacobins de la Révolution connurent une ascension réelle lors des premières années révolutionnaires, puis un recul lors du Fédéralisme pour atteindre l’hégémonie pendant l’an II. La boutique et l’échoppe fournissaient alors 55% des municipaux.

A partir de Thermidor leur poids politique se stabilisa au 1/3 des sièges ce qui en faisait le groupe le plus fourni. En l’an VIII et pour des décennies, un regroupement s’opéra autour des propriétaires et des anciens des luttes révolutionnaires.

Dans Aix que tant de choses retenaient aux pesanteurs du passé, les lendemains du changement révolutionnaire firent naitre une impression vivement ressentie de déchéance collective, ce qui renforça l’amertume des habitants à l’égard de la Révolution qui l’avait fait apparaitre.

 Sources :

Histoire d’Aix par Bernos, Coulet, Dolan, Février, Gontard, Granai, Grissolange, Vovelle 

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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 17:45

Né à Arles en 1760, Jacques Réattu était l’enfant naturel d’un gentilhomme de Montpellier, Guillaume de Barrême de Chateaufort et de Catherine Raspal, sœur du peintre arlésien Antoine Raspal. Ce dernier lui enseigna les rudiments de son art, avant que le jeune homme ne parte à Paris, en 1773, étudier dans les ateliers de Jean Antoine Julien dit Julien de Parme.

En 1781, il entra à l’Académie où, protégé par le peintre aixois Michel François André Bardon, il devint l’élève de Jean Baptiste Regnault. En 1790, le peintre obtint le grand prix de Rome, avec « Daniel faisant arrêter les vieillards accusateurs de la chaste Suzanne ». Dans la Ville Eternelle, Réattu travaille beaucoup, copiant les antiques, dessinant des paysages ou exécutant les œuvres que chaque élève devait rendre régulièrement.

Là, il embrassa les idéaux de la Révolution et commença à traduire en peinture les préceptes du nouveau régime avec « Prométhée dérobant le feu sacré » en 1792. Obligé de fuir Rome au moment des réactions antirévolutionnaires, il gagna Naples, puis Marseille.

Il se lança alors dans de grandes compositions à la gloire de la Révolution comme « Le Triomphe de la Civilisation » (1793) ou « Le Triomphe de la Liberté » (1794). Il fut chargé du décor de l’église des Prêcheurs de Marseille qui devait être transformée en temple de la Raison (1794-1795). Il proposa dix grisailles, dont huit furent réalisées et six sont conservées.

A 38 ans, Réattu retourna dans sa ville natale et se maria. A partir de 1802, il sembla abandonner toute activité artistique jusqu’en 1818. Il réalisa alors des œuvres sur des thèmes inspirés par les Métamorphoses d’Ovide et se lança dans des projets de grands décors, malheureusement perdus, comme le plafond du Grand Théâtre de Marseille avec « Apollon et les muses jetant des fleurs sur le Temps » (1828), ou jamais réalisés, comme ses propositions pour la salle de spectacle de Nîmes ou la mairie de Marseille.


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Le triomphe de la Liberté / le triomphe de la civilisation (1794) / Portrait de Réattu / musée Réattu à Arles

En 1827-1829, il exécuta 3 toiles sur « l’Histoire de saint Paul » pour l’église Saint-Paul de Beaucaire, dont une splendide composition qui compta parmi ses plus belles œuvres.
Il fut aussi collectionneur et fondateur du musée arlésien qui porte son nom. A son retour d’Italie, Jacques Réattu rêvait d’un grand atelier. Or, les 2 bâtiments du Grand Prieuré de l’Ordre de Malte, saisis en 1792, étaient vendus comme biens nationaux.

L’artiste, séduit par la beauté des lieux, acquit la commanderie de Saliers dès 1796. Quant au Grand Prieuré, divisé en 26 lots, il l’achèta morceau par morceau entre 1801 et 1827 dans l’idée d’en faire, inspiré par le paysage en bordure de fleuve, un lieu de création destiné aux artistes.

C’était en somme, la préfiguration du fameux «Atelier du Midi» dont rêva Van Gogh quelque 60 ans plus tard. On lui doit également l’acquisition et la sauvegarde d’une partie de la tour de l’ancienne abbaye de Montmajour.

A la mort du peintre, en 1833, sa fille Elisabeth Grange hérita des bâtiments, des œuvres et de la collection qu’il avait réunis. en 1868, restée sans descendance. Elle vendit l’ensemble à la ville d’Arles contre une rente viagère afin de créer un musée public de peintures où les œuvres de sont père et ses collections furent mises en valeur

Sources :

Divers articles Web

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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 12:36

Antoine Raspal naquit à Arles en novembre 1738, au quartier de la Trouille, dans l'actuelle rue du Grand Prieuré. Il était par sa mère petit neveu du sculpteur Jean Dedieu et petit fils du sculpteur Pons Dedieu.  Son père, Jacques Raspal, était un bourgeois, peintre du dimanche.

Il fréquenta des artistes, amis de la famille et en particulier Guillaume de Barrême de Châteaufort, un peintre de portraits. Sous sa protection, Raspal obtint plusieurs commandes dont le portrait de monsieur de Méjanes et ceux des membres de la famille Privat de Molière.

Barrême séduisit sa sœur ainée Catherine, dont il eut de nombreux enfants naturels, parmi lesquels le futur peintre Jacques Réattu. Raspal rompit alors avec son mécène et quitta pour longtemps Arles après 1760 . Il fut élève de l’école de l’Académie Royale à Paris, dans l’atelier de Lebarbier aîné, peintre et graveur qui rejoignit plus tard l’Académie à Rome, et qui se fit connaitre par ses gravures des éditions d’Ovide et de Racine et en étant le précurseur de Vien et de David dans le retour à l’Antique.

Raspal resta au contraire en dehors du mouvement artistique vers l’académisme. Il garda toujours sa minutie naïve. Les ateliers du Midi se distinguaient alors par la reproduction des tissus. Raspal fit de l’étoffe et des détails de toilette le principal sujet de ses tableaux, d’inspiration purement locale.

Tout en appliquant le technique minutieuse des préparations et des glacis telle qu’enseignée, il resta toujours gauche dans les modelés et demeura "le Candide de la peinture" selon le mot de Louis Gillet. Ses toiles intimistes sont fouillées comme la peinture hollandaise d’objets.

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2 portraits d'arlésiennes aux yeux bruns 

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Portrait d'arlésienne / Le peintre et sa famille

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Cuisine de province / l'atelier de couture (1760)

Il atteint une précision documentaire dans la description des costumes des arlésiennes d’avant la Révolution avec leurs coiffes à la chanoinesse, leurs bras nus jusqu’au coude, la poitrine découverte et ornée de la seule croix de Malte en émail, et des petits bouquets au creux de leurs fichus.

Ce souci d’exactitude fait penser à des gravures de mode. L’art de Raspal tient de l’imagerie populaire et son manque de prétention et sa naïveté plait. Il s’attaqua aussi à la peinture d’histoire dans 2 grandes toiles sur la vie de la Vierge, "la Présentation au Temple" et "la Visitation" peintes en 1773 et 1774 pour la chapelle de la Vierge à Sainte Trophime.

A la mort de Barrême en 1775, Raspal toujours célibataire, s’occupa de sa sœur Catherine et de ses 4 enfants. Il assura ainsi la formation de Réattu alors adolescent, avec une autre de ses sœurs, Marie Raspal. C’est le tableau de cette famille réunie qu’il célébra dans "le Peintre et sa Famille" qui est au musée Réattu d’Arles. 

Avec ces nouvelles charges familiales, Raspal abandonna progressivement la peinture et ne produisit plus que des dessins et des décorations de fêtes populaires. Il appartint en 1795 à la Société Populaire Arlésienne et devint juge de paix au début du XIX° siècle. Il habitait alors une maison de la rue Novarin où il mourut le 30 septembre 1811.

Ses oeuvres  sont conservées au musée Réattu et au Muséon Arlaten d’Arles, au musée Grobet Labadie de Marseille, au musée Granet d’Aix.

Sources :

La peinture en Provence par Alauzen

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 12:30

En reprenant le genre provençal de la marine de tempêtes, de naufrages et de côtes maritimes, Joseph Vernet, l’avignonnais, devint la figure de proue de cette peinture. Ce filon commercial ainsi découvert fut très exploité par les peintres locaux. Lacroix dit de Marseille travailla sur ce sujet à Rome puis Berlin où il mourut en 1782. Vernet lui-même qui vendait ses collections à la Grande Catherine pour l’Ermitage à Saint Petersburg, fut concurrencé chez les Russes par son imitateur toulonnais installé à Naples, le chevalier Volaire.

Parmi tous ces suiveurs qu’il est très facile de confondre entre eux, le plus sérieux et le plus appliqué fut Jean Henry, dit Henry d’Arles. Il naquit à Arles en septembre 1734 et mourut à Marseille le 14 septembre 1784. Il était le fils d’un commis de ferme. Kappeler le distingua lors d’un de ses passages à Arles. Henry resta 6 ans dans son atelier puis son protecteur le fit inscrire à l’Académie de Peinture qui venait d’être fondée. Il en fut le premier lauréat en 1752.

Ce succès lui valut le poste d’assistant de Vernet lorsque celui-ci vint peindre ses vues du port de Marseille qui faisaient partie de la commande royale des Ports de France. Henry qui avait alors 19 ans assimila très vite la technique de Vernet. Ravi mais aussi quelque peu  jaloux de sa dextérité, ce dernier le recommanda au mécène et commanditaire marseillais, Jean Baptiste Rey, grâce à qui Henry put passer 2 ans à Rome, comme les élèves de l’Académie Royale.    

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HDA soirHDA calme 2












Calme au coucher du soleil / Le naufrage
Scène côtière le soir  /  Effet de brume le soir

A son retour, il reçut beaucoup d’offres de travaux intéressants, mais Henry préféra rester en Provence. Il s’installa à Marseille et travailla avec acharnement à établir sa réputation de peintre de petites toiles et de panneaux de chaises à porteurs. L’Académie de peinture de Marseille l’agréa en 1755 où il fut admis sur présenta      tion en 1756, de son tableau « Tempête » conservé au musée Longchamp.

Il continua ses travaux très laborieusement en se refusant à la consécration parisienne. En 1776, il fut nommé professeur à l’Académie, en succédant à Zirio. Puis il se maria et mourut jeune de la maladie et de l’opération de la pierre. Il produisit énormément d’œuvres, dans un genre moins maniériste que celui de Vernet. Il peignit aussi des scènes mythologiques comme « Pan et Syrinx » et le « Cygne », aussi au musée Longchamp.    

Sa touche est plus ferme et plus grasse que celle de son maître, et dans ses représentations de végétations et de nymphes, il se rapproche de la matière de celles de Grésy.     

Sources :

La peinture en Provence par Alauzen

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Ce blog se propose de vous faire partager mon intérêt pour l'histoire d'Aix en Provence, son architecture civile et religieuse, ses artistes et ses oeuvres d'art . Publié sous forme de fiches, il présente un résumé illustré des données acquises par sujet abordé avec rappel des sources de documentation.

Cette démarche personnelle d'information sur le fonds culturel de la ville est non mercantile et étrangère à toute forme de récupération commerciale. Elle n'aspire qu'à manifester la passion aquasistaine  qui m'anime. Bonne lecture.


Le roi René d'Anjou / Extrait du triptyque du Buisson Ardent par Nicolas Froment (1476)

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