La révolte des Cascaveous ou Cascavèus est le nom donné à une insurrection populaire survenue à Aix et dans son terroir sous le règne de Louis XIII, alors que la région était dévastée par un violent épisode de peste. Comme dans presque tout le royaume, la noblesse et la bourgeoisie provençales prirent part à la résistance contre la politique de Richelieu, qui éprouvait un grand besoin de financement et devait recourir à des impositions extraordinaires pour assurer l'effort de guerre.
1 Les débuts de l'affaire
C'est ainsi que le ministre créa de nouveaux offices à la cour des Comptes et au bureau des Trésoriers généraux auxquels il donna une juridiction
plus étendue. Il nomma des experts jurés et contrôleurs des greffes avec le droit d’exiger des salaires. Ces innovations provoquèrent une alarme générale.
Les Etats assemblés à Aix en 1628, envoyèrent une délégation au Roi, occupé au siège de la Rochelle. Elle était composée de l’archevêque d’Aix, frère de Richelieu, de Castellane Salernes et de Gaufridy, procureurs nés du pays, du marquis de Forbin Janson et du greffier de l’assemblée, et devait obtenir la révocation des édits.
On espérait beaucoup de l’archevêque d’Aix mais il fut nommé à Lyon et les autres n’eurent aucun crédit. D’Effiat, surintendant des finances, voulut leur donner audience en plein conseil, afin de simuler une instance judiciaire et de pouvoir rendre contre la province un arrêt de condamnation.
Mais la délégation évita le piège et persista à ne demander qu’une conférence ministérielle. On la leur promit sans jamais la tenir et ils reprirent la route d’Aix par fierté.
La Rochelle se rendit au même moment. Richelieu ordonna la levée de 100000 livres de l’impôt du taillon et augmenta de 40 sols l’émine de sel par un arrêt du conseil. Aussitôt les consuls procureurs d'Aix protestèrent avec énergie. Le Parlement et la Cour des comptes prirent des arrêts interdisant de lever ces impôts violateurs de la loi provençale.
Il y eut à Aix une assemblée des Communautés où se manifesta l’intention de transiger avec le
commissaire du Roi. Mais celui-ci étant sans pouvoirs, on se borna à approuver l’opposition juridique des consuls.
Pendant ce temps, le calvinisme emmené par le duc de Rohan en Languedoc se manifestait encore. Le Roi lui luttait en Italie contre l’Autriche. Richelieu fit demander aux Etats de Provence
1500000 livres pour subventionner ses efforts de guerre. Les Etas offrirent 900000 livres et le ministre refusa.
Richelieu outré par la fronde provençale, ordonna aux trésoriers généraux de lever 1000 mulets pour porter les munitions à l’armée d’Italie. C’était encore blesser le droit provençal selon lequel les gens du Roi ne pouvaient rien prendre d’autorité sans le consentement des communautés.
Mais la peste de qui régnait ne permettait pas de résister efficacement. Réunies à Barjols, les communautés proposèrent un compromis en ordonnant la saisie de 900 mulets dont 600 sur le comté de Provence et 300 sur les terres adjacentes. Ce fut alors que le Roi revint triomphant d’Italie pour achever de réduire les protestants du Languedoc.
Une nouvelle assemblée se tint à Valansole en avril 1630. Cette assemblée envoya des députés à Louis XIII, mais celui-ci les renvoya avec colère. Richelieu ne pensa plus qu’à faire exécuter l’édit des élus ou acte de dénomination des nouveaux offices.
Pour cela, il nomma commissaires le duc de Guise, gouverneur de Provence depuis 35 ans, les 2 premiers présidents Forbin Meynier d’Oppède pour le Parlement et Séguiran pour la cour des Comptes, et au vu des difficultés à attendre de cet édit, il leur adjoignit un intendant, Dreux d’Aubray, maître des requêtes et père de la sulfureuse marquise de Brinvilliers, qui défraya la chronique judiciaire sous Louis XIV.
Le duc de Guise se trouvant à Orgon, d’Aubray et les gens du Roy s’y rendirent pour discuter s’il fallait agir d’autorité ou demander le consentement des 3 ordres. Sur avis de Forbin la Barben, on résolut de faire présenter les 2 édits aux Etats à Brignoles en mai 1630.
En signe de réprobation, les consuls de la ville de Brognolles et les officiers de sénéchaussée cessèrent leurs fonctions. Les artisans et marchands fermèrent leurs boutiques. Forbin, accusé de trahir le peuple fut appelé le vendeur de la patrie. Le trouble s’étendit à toute la Provence.
Les commissaires du Roi craignant qu’on ne leur fasse violence feignirent de trouver que leurs
pouvoirs n’étaient pas en règle. Le duc de Guise devant se rendre à Paris rompit l’assemblée et renvoya l’affaire à son retour.
2 la révolte
Le 1° septembre 1630, l’épidémie de peste ayant cessée, le Parlement quitta Salon pour se rendre à Aix. On devait pour célébrer la fin du fléau allumer un feu de joie, place des Prêcheurs. Le bruit se répandit que des jeunes gens, fils de bourgeois et de petits nobles, avaient résolu de jeter au feu le premier consul, Forbin la Barben.
La Cour prohiba d'allumer le feu et Forbin, effrayé prit la fuite. Le Parlement, dirigeant la Provence en l’absence de son gouverneur, décida d’une assemblée de nobles à Pertuis. Ceux ci dressèrent des remontrances aux aixois, mais résolurent aussi de défendre la liberté par tous moyens. Ils nommèrent une commission insurrectionnelle de 6 membres.
Voyant cela, Richelieu, furieux, entreprit de transférer à Toulon la cour des Comptes. La ville d’Aix y vit une atteinte à ses prérogatives et déclara s’opposer à cette mesure à toute force. Arles et Marseille firent opposition par requête si bien que la Cour des comptes se maintint provisoirement à Aix.
C’est alors que le président au Parlement d’Oppède et l’assesseur Martelli engagèrent l’intendant d’Aubray à se rendre à Aix où il n’avait pas osé paraitre. Le 19 septembre, celui-ci fut reçu à l’hôtel du gouverneur et le conseil municipal lui envoya les cadeaux traditionnels de flambeaux et de confitures.
Le bruit se répandit en ville que d’Aubray allait procéder à la mise en place de l’édit des Elus et à la translation de la Cour des comptes. Le peuple s’alarma aussitôt. On sonna le tocsin. On forma des attroupements autour du consul Sauve et de l’avocat Gras.
Le logement de d’Aubray fut encerclé et assailli par une foule qui cherchait à lui faire payer son audace. A ce moment même, le conseiller d’Agut et les officiers de la chancellerie vinrent lui apporter les sceaux de Provence qu’il avait le droit de garder 3 mois à sa résidence.
Pendant que d’Agut essayait de calmer la foule, d’Aubray se sauva par les toits de l’hôtel de Guise et se réfugia chez le conseiller la Fare. Un de ses valets reçut un coup d’épée. Se vêtements et son carrosse furent brûlés place des Prêcheurs.
Le Parlement réuni à la hâte, chargea ses conseillers Olivier, Flotte, d’Agut et Boyer d’apaiser l’émeute et de protéger l’intendant. Celui-ci ne demandait qu’à quitter la ville et les 4 parlementaires lui firent discrètement prendre la fuite vers Cavaillon.
Forbin Maynier d’Oppède jugea lui aussi plus prudent de faire de même. Le désordre cessa. Mais le peuple s’émut de nouveau à cause de l’élection municipale des consuls procureurs. Ceux en charge étaient haïs par le peuple qui les trouvait vendus au Roi. Or ils devaient confirmer les nouveaux candidats selon l’usage.
Le conseil de ville nomma d’office des patriotes provençaux sous les applaudissements de tous. Le roi était alors malade à Lyon. Les nouveaux procureurs lui envoyèrent une délégation pour exuser l’effervescence des masses et tâcher d’obtenir à cette occasion l’annulation des édits de Richelieu.
Ils virent le comte de Brienne qui maintint la position adoptée. On devait obéir avant tout et faire sortir la cour des Comptes d’Aix où elle serait ensuite rappelée. Gaufridi, l’un des députés protesta des inconvénients que cela aurait puis la délégation se retira.
Charles de Lorraine, duc de Guise, gouverneur de Provence
Nicolas de l'Hospital, marquis de Vitry, maréchal et gouverneur de Provence
Antoine Coëffier de Ruzé marquis d'Effiat, surintendant des finances
Alphonse Louis du Plessis, archevêque d'Aix
Henri II de Bourbon, prince de Condé
La tour de Bouc où fut incarcéré Coriolis
3 les Cascavéous blancs
A Aix, pendant ce temps on disait que le surintendant d’Eiffiat était mort. On le brûla en effigie place des Prêcheurs. Le ton monta. Les mécontents s’assemblèrent toutes les nuits sur la
plateforme en haut du quartier Villeneuve, actuelle place Miollis. On s’excitait beaucoup par des exagérations en tous genres. On souhaitait l’insurrection et on voulait avoir recours aux armes
pour défendre les lois de Provence.
Un des insurgés rappela alors la fable dans laquelle des rats ingénieux attachaient un grelot au cou du chat pour être avertis de son arrivée. Il conclut sa diatribe par « nul ne se présenta pour l’attacher quoique tous convinssent que la décision était sage ».
A ces mots, Paul de Joannis, seigneur de Châteauneuf s’écria « eh bien ! c’est moi qui l’attacherai ». Il mit alors à son chapeau un grelot suspendu à un ruban blanc. Il devint sur le champ chef de la révolte. A partir du lendemain, l’avocat Vian passa ses journées à distribuer des grelots qui devinrent le signe de ralliement du parti des Cascaveous, mot qui signifie grelot en provençal.
De Joannis était le neveu du président Coriolis qui venait de se rallier aux idées du peuple, après s’être brouillé avec le premier président pour une histoire d’étiquette. Coriolis, chef du Parlement en l’absence de Forbin en fuite, fut appelé à jouer un grand rôle.
La cour délibéra et adressa des remontrances à Louis XIII. Les corps constitués prirent tous le même esprit d’opposition aux actes du gouvernement. Plusieurs écrits circulèrent dont celui de « la Vérité provençale au Roi ». Mais bientôt il y eut plus grave.
Presque partout et notamment à Saint Maximin, Brignolles, Draguignan et Grasse les Cascavéous se livrèrent à des actes de vengeance envers ceux qu’ils désignaient comme des ennemis du bien public, et dont certains prirent la fuite. A Aix, le peuple pilla la maison du lieutenant du prévôt, Dumas.
Puis elle se rendit dans un vignoble lui appartenant, hors les remparts, et arracha les ceps de vigne qu’elle porta en triomphe. Les maisons de l’auditeur Chaix, du greffier en chef de la cour des Comptes, de Menc, et du bourgeois Sigaud furent dévastées et leurs meubles brûlés pace des Prêcheurs.
Des paysans de Rians, Lambesc, Pélissane, Eguilles, Saint Cannat, Ventabren et autres villages voisins vinrent se joindre aux insurgés d’Aix. Le 4 novembre, 2500 hommes sortirent de la ville au son du tambour, drapeaux déployés et se rendirent sur les terres de Forbin la Barben, situées à 4 lieux de là.
A leur tête se trouvait le seigneur de Châteauneuf, Paul de Joannis, tandis que le chevalier, son frère, et ses amis restaient à Aix. Le château de la Barben fut pillé et les bois autour incendiés. Le duc de Guise, gouverneur retiré à Marseille, tout occupé à ses plaisirs, ne put rien contre la révolte.
Les 2 frères Châteauneuf, leur oncle Coriolis, Laroque, un autre président, Espagnet et
Villeneuve, conseillers au Parlement étaient les maîtres à l’Hôtel de Ville. Les consuls procureurs n’exerçaient plus d’autorité municipale, alors qu’ils étaient du parti des Cascavéous. Ce que
voyant, Richelieu leur ordonna de sortir d’Aix.
4 les Cascavéous bleus
Mais l’ancien premier consul chassé de ses prérogatives, Sextius d’Escalis, baron de Bras, brulait de se venger de cet affront fait à son honneur. Il fut rejoint par le lieutenant Pélicot Saint
Paul, et d’autres pour former une confédération qui portait aussi grelot au chapeau pour indiquer leur cause commune avec les insurgés, mais suspendu par un ruban bleu en criant « vive le
Roi, à bas les Elus ».
Son rassemblement ne contenait que des nobles contrairement à celui de Joannis et de Coriolis qui groupait bourgeois et menu peuple. Entre ces 2 partis animés d’une même pensée, s’éleva une haine implacable. Ils en vinrent aux mains lors d’une bagarre place des Dominicains. Les rubans bleus eurent le dessous. Le Parlement se déplaça sur place pour arrêter les dégâts.
Le baron de Bras dépité, décida alors de frapper un grand coup et de chasser de la ville Coriolis et ses neveux. Le 6 décembre, vers 14 heures, il sortit de chez lui, l’épée d’une main et le pistolet dans l’autre, accompagné de Pélicot Saint Paul et de quelques officiers armés.
Il se rendit à l’Hôtel de Ville puis aux Récollets, regroupa ses partisans et ensemble ils se dirigèrent vers l’hôtel de Coriolis où celui-ci se trouvait avec ses neveux et les conseillers d’Anthelmy et Gautier. On tira des coups de feu dans la rue et il y eut des blessés des 2 côtés. Un homme du baron fut tué.
Après une vive résistance, Coriolis et ses 4 hommes furent obligés de sortir de la ville et de se réfugier au couvent de Saint Pierre, dans le terroir d’Aix. Mais le triomphe du baron fut de courte durée. Les autres consuls, Bonpar et Anglesy, désapprouvèrent sa conduite.
Le lendemain le Parlement envoya les conseillers de Périer, d’Agut et Flotte pour ramener les conseillers exclus en son sein. Bonpar et Anglésy ramenèrent les frères Châteauneuf et Coriolis vint déposer sa plainte au gouvernement.
On demanda à Fabry, capitaine du quartier Bellegarde, de garder la cour lors de ses délibérations. Mais de Bras voulut s’interposer. Il arriva devant le Palais alors en séance avec des parents et amis. Comme il voulait forcer l’entrée, Fabry l’arrêta. Un des sbires du baron tira un coup de feu de son mousquet sur le capitaine et le manqua. Mais il tua l’avocat Orsel qui était volontaire dans la compagnie de Bellegarde.
Le meurtrier fut mis en pièces aussitôt. On se battit au Palais et le tocsin sonna dans la ville. Les conseillers Espagnet et Villeneuve rameutèrent les artisans contre le baron et ses hommes au ruban bleu, dont la bande se dispersa. L’un des fuyards fut tué près de l’église Saint Barthélémy.
Le baron poursuivi entra au couvent des Prêcheurs d’où il se sauva dans le clocher. La foule envahit le cloître par une brèche du mur. Le Parlement voulut intervenir pour calmer la fureur, mais en vain. Les religieux sortirent le Saint Sacrement de l’autel sans résultat. Ce fut alors que ces derniers exhortèrent la foule à cesser l’émeute sous peine de malédiction.
A ces mots tous se prosternèrent, et le baron de Bras put se retirer quelques jours après dans son château d’Ansouis. Les blancs retrouvèrent un pouvoir incontesté. Les bleus ne s’en remirent pas. Le baron se rendit à Paris où se trouvaient déjà les 2 premiers présidents d’Oppède et de Séguiran, le conseiller de Paule, Forbin la Barben, Chaix, Dumas et l’intendant d’Aubray.
5 la répression
Ils travaillèrent ensemble à accroitre le ressentiment du Roi et de Richelieu contre les Cascavéous blancs. A Aix on apprit ces intrigues. Le Parlement décida d’envoyer à Paris des députés en la
personne du président de Gallifet, des conseillers Colllongue, des 2 frères d’Antelmy et du procureur général Guérin
Au lieu de se montrer prudents les d’Anthlemy écrivirent de Paris à Aix qu’il fallait entretenir
les troubles pour intimider le gouvernement. Richelieu les fit mettre séance tenante à la Bastille, et ordonna aux autres députés blancs de se retirer
immédiatement. En même temps il se décida à envoyer en Provence, Henri de Bourbon, prince de Condé, à la tête
d’une armée de 5000 hommes d’infanterie et de 600 chevaux.
Apprenant cela, le gouverneur de Provence, de Guise, convoqua pour le 10 janvier 1631 à l’abbaye Saint Victor de Marseille l’assemblée des communautés. Rien ne fut décidé car le désordre était trop important. Surtout on ne trouva pas à cette
occasion de chef et de défenseur des intérêts de la Provence pour tenir tête à Condé et au Roi.
On pensa bien à de Guise, que Richelieu avait tenté de léser à son profit, de sa charge d’amiral des Mers du Levant attachée au gouvernement de Provence. Mais de Guise, âgé et désireux de ne
compromettre ni sa fortune, ni sa vie, ni son nom ne fit rien en ce sens.
Cela acheva de faire retomber l’énergie du mécontentement public, joint à la nouvelle que Condé avait pouvoir de négocier les édits. Ce dernier arriva en Provence accompagné du marquis de Nangis, son second, d’Oppède et Séguiran, et d’Aubray auquel on avait adjoint Charles de la Potherie, conseiller d’Etat.
Les blancs les plus compromis se sauvèrent avant l’arrivée des troupes et il n’y eut pas de résistance. Les procureurs du pays d’Aix se rassemblèrent le 23 janvier et envoyèrent une députation au devant de Condé, car on disait que Aix devait être livrée au pillage, en représailles de tous les troubles causés.
Les députés Duchaine, évêque de Senez, le grand vicaire Miata, l’assesseur Rolland, le vicomte de Pourrières, l’avocat Arnaud, Villeneuve Vauclause, Meyronet, Baudun Valavouire et Volone, rencontrèrent Condé à Pont Saint Esprit et lui promirent obéissance au nom de la Provence.
Le prince les reçut aimablement, mais il continua de marcher sur Aix. Il somma les 2 Cours souveraines, les trésoriers généraux et la sénéchaussée de sortir de la ville, comme le voulait le Roi. Le Parlement partit à Brignolles, la cour des Comptes à Saint Maximin, les trésoriers à Pertuis et les sénéchaux à Lambesc.
Condé logea ses troupes dans les villages autour d’Aix. Le 19 mars 1631, Nangis et 4 régiments entrèrent en ville pour s’emparer de tous les postes. Le lendemain Condé arriva en refusant les honneurs des consuls. Aubray et la Potherie commencèrent l’instruction du procès contre les chefs des mutins. Ils se firent assister d’officiers du Languedoc.
30 d’entre eux furent condamnés au bannissement, aux galères et certains à mort. L’un de ceux là, saisi d’un accès de furie dans la chapelle de la Conciergerie qui servait de tribunal, rompit avec ses dents ses menottes de fer, s’empara d’un couteau caché par lui dans l’autel et s’échappa avant d’être percé de coups d’arquebuses.
Le Roi fit ajourner les présidents Coriolis et de la Roque, les conseillers Flotte, d’Espagnet et de Perier. Il interdit de fonction les conseillers d’Anthelmy, de Villeneuve et l’avocat général de Cormis.
Le duc de Guise convoqua à Tarascon les Etats Généraux suivant les instructions que Condé avait reçues du Roi. En ouverture et pour faire oublier sa pâle conduite, il fit un discours pompeux sur Richelieu. La conduite des délégués fut noble et digne. L’évêque de Sisteron révéla les impostures utilisées par la Potherie lors du procès d'Aix. L’assesseur Rolland mit en exergue le juste et naturel sentiment de liberté, et non l’esprit de révolte du peuple.
6 la fin de l'épisode
La Cour demanda une punition de 2000000 livres et les Etats connaissant l’état du pays n’offrirent que 1000000 livres. Les gens du Roi déclarèrent cette somme insuffisante. La discussion traina
en longueur, et de guerre lasse les Etats consentirent à donner 1500000 livres
Le gouvernement accepta et promit de rétablir à Aix les corps judiciaires et les trésoriers généraux. La sénéchaussée y était déjà de retour. Enfin le conseil et Richelieu décidèrent de révoquer l’édit des Elus, cause de tous ces désordres.
Après la clôture des Etats, Condé retourna à Paris en laissant sur place le comte de Soycourt, commandant des troupes françaises. Coriolis obtint la permission de se retirer dans une de ses terres pour y finir ses jours. Mais on l’avertit que certains en voulaient à sa vie. Il rejoignit donc ceux des magistrats qui se pourvoyaient en cassation pour revenir siéger en cour.
Un peu plus tard, Gaston d’Orléans se révolta pour se venger de Richelieu et envahit le Languedoc en entrainant dans son action le maréchal de Montmorency, gouverneur de cette province. Coriolis, qui aurait du se tenir tranquille, embrassa la cause de Gaston d’Orléans. Tout se termina pour ce dernier, par une escarmouche à Castelnaudary.
Coriolis s’enfuit alors à Barcelone où il fut réduit pour vivre à donner des cours de droit romain. Richelieu le fit condamner à mort par contumace. Sa maison d’Aix fur rasée et ses biens confisqués au profit du Roi. L’amnistie qui suivit lui fit espérer qu’il pourrait revenir à Avignon pour se rapprocher de sa famille, et il se risqua à quitter l’Espagne.
Il fut enlevé sur la route par les gens du Roi, conduit à la tour de Port de Bouc et enfermé dans
un réduit insalubre, où il termina sa vie. Le duc de Guise, dépourvu de protecteurs vit son crédit diminuer comme son pouvoir. Il fut appelé à la Cour par Richelieu, mais craignant les manœuvres
du ministre, il s’exila en Italie. En avril 1632, le Roi donna au maréchal de Vitry le gouvernement de Provence.
7 le maréchal de Vitry
L’affaire n’était pas encore classée. Le commandant Soycourt se montra insolent et ses soldats commirent des exactions sur le peuple exaspéré. De Vitry était honorable, probe mais sévère. D’un naturel hautain, il ne travailla pas à la réconciliation et à l’harmonie.
La Cour de France se fit un plaisir de braver la colère provençale. Elle envoya à Aix le conseiller d’Etat, Talon pour mettre à exécution l’édit sur le sel. Accompagné de Vitry, celui-ci se rendit à Marseille mais la foule les attendait et ils furent obligés de rebrousser chemin en toute hâte.
En même temps, Louis XIII ordonna à de Vitry de réunir les Etats pour obtenir de nouveaux subsides. Celui-ci convoqua l’assemblée à Brignolles en janvier 1633, où les conseillers de la Potherie et Léon Brulart, demandèrent de nouveau 1000000 livres. On n’accorda que 500000 livres sous forme de don gratuit. L’impôt sur le sel fut immédiatement supprimé
Cependant le Roi ne révoqua l’édit des Elus qu’en juillet 1634 par lettres patentes données à Chantilly et la Provence garda ses privilèges législatifs. Le maréchal de Vitry continuait d’exercer ses tracasseries sur les consuls de la ville d’Aix. Il fallut nourrir ses troupes sous peine de pillage.
Le mécontentement populaire grondait de nouveau et le Parlement voulut s’en ouvrir au Garde des Sceaux et au Roi lui-même pour mettre un terme à cette situation d’oppression. Le Roi ôta à de Vitry en novembre 1633 ses pouvoirs arbitraires et lui ordonna de rejoindre la Cour.
A sa place on envoya le marquis de Saint Chaumont en octobre 1634, en qualité de lieutenant du Roi chargé du commandement provisoire de la Provence. Mais comme de Vitry ne se pressait pas pour rentrer à Paris, Saint Chaumont dut loger à Toulon puis à Hyères, où des sbires de Vitry tentèrent de l’enlever de nuit !
Saint Chaumont s’en plaignit aux procureurs et au Parlement de Provence qui ordonna à tous les officiers publics de prêter main forte à ce dernier contre les fureurs de Vitry, qui voyant monter la résistance autour de lui rentra enfin à la Cour.
Là, Richelieu qui ne voulait pas avouer en le punissant qu’il s’était trompé sur les capacités du maréchal, ne demanda pas une disgrâce complète de son ancien collaborateur. Bien au contraire, Vitry obtint son pardon du Roi et put retourner en Provence, alors que Saint Chaumont recevait une destitution brutale.
Sources :
La France illustrée par Malte Brun Victor
Histoire de Provence par Augustin Fabre
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